Après avoir réussi à protéger des pontes de la célèbre Cistude d’Europe en juin, dans les environs de la RNR de La Massonne, les petits « cistudons » sortent enfin de leur nid.
Peu étudiés jusqu’à lors, ces bébés tortues font pourtant face à de nombreux défis. Le nôtre est de mieux connaître leur écologie pour adapter au mieux les mesures de gestion sur la réserve et aux alentours.
De mi-mai à début juillet, les femelles sortent des fossés pour rejoindre les sites de ponte situés sur les coteaux et les prairies sableuses. Ces sites doivent présenter une faible biomasse végétale (herbe rase et/ou peu dense) et rester hors d’eau toute l’année. Avec le recul des pratiques d’élevage extensif (fauche, pâturage), ces derniers ont tendance à se fermer, si bien que les surfaces favorables à la ponte ont considérablement régressé ces 50 dernières années. Cette raréfaction engendre une concentration des nids et un accroissement notable du taux de prédation des œufs.
Plusieurs actions de réouverture mécanique et par pâturage ovin ont ainsi été menées et ont permis de retrouver dès cette année des pontes sur des sites historiques tel que le plateau de Broue.
En 2026, l’objectif est aussi d’étudier les déplacements des émergents sur plusieurs sites de ponte afin d’adapter la gestion conservatoire de chaque site en conséquence.
Juin – Recherche de ponte de Cistude d’Europe
Trouver des pontes de cistude nécessite de sillonner attentivement les parcelles à la recherche d’indices de creusement des nids (mousses décollées, terre grattée, tâche d’humidité). C’est un travail fastidieux et souvent ingrat. L’essentiel des nids est prédaté durant la nuit de la ponte. Les prospections ont beau débuter dès le lever du jour, très peu de nids ont échappé au carnage. Quelques femelles plus tardives que les autres peuvent être retrouvées plus ou moins léthargiques sur ou à proximité de leur nid en matinée. Une telle observation facilite alors grandement la détection du nid !
En 2026, 107 nids ont été détectés : 7 protégés pour 100 prédatés.
Nid prédaté © Lauriane Meusnier_NE17
Si ces chiffres peuvent paraître décourageants, voire alarmants, il faut garder à l’esprit que la Cistude d’Europe est une espèce longévive dont la dynamique de population est basée sur la survie des adultes. Dans une certaine mesure, il est tout à fait logique que les nids et les émergents fassent l’objet d’un taux de prédation relativement élevé… tout est question de proportion ! Par ailleurs, le cumul des données de pontes, qu’elles soient prédatées ou non, reste précieux. Il traduit l’évolution géographique et phénologique du comportement des femelles, en lien avec le changement climatique et l’évolution des habitats et des paysages. À titre d’exemple, les températures élevées de cette fin d’hiver et les canicules printanières de 2026 sont sans doute à l’origine d’une activité de ponte anormalement précoce : plus de 2 semaines de décalage ont été observées par rapport à l’année précédente.
Ce suivi a également permis de travailler en lien avec la MIFENEC, association des Pyrénées-Atlantiques pour la protection de la nature et l’une des seules en France à travailler sur la détection canine d’espèces sauvages en milieu naturel. Trois personnes impliquées dans le programme « Bios Flair » sont venues nous prêter main forte et éduquer leurs 2 Golden retriever à la détection de cistudes et de nids frais. Les résultats sont encore perfectibles mais très prometteurs.

Détection canine © Lauriane Meusnier_NE17
Merci beaucoup à tous les collègues et bénévoles qui nous ont encore accompagnés cette année : Clément Baron, Timéo Barthe, Maureen Baudier, Renaud Bourgeais, Aurore Charpentier, Toan Cuzin, Isabelle De Jantho, Adrien Dinet, Thomas Dupeyron, Nino Fournier, Sophie Gansoinat, Aurore Gayout, Camille Laurent, Mathieu Leclere, Lauriane Meusnier, Claire Pigelet, Maëlys Philippe, Olivier Roques, Nathan Tomasseti.
Août-Novembre – Suivi des émergences d’automne et des déplacements des émergents
Comme les années précédentes, les nids protégés font l’objet d’une attention régulière afin de détecter l’émergence des jeunes cistudes. En 2026, la particularité est, pour la première fois en Charente-Maritime, d’équiper d’émetteurs un échantillon représentatif d’émergents à la sortie du nid pour connaître leur écologie et leurs déplacements. Ceci implique de rendre les cages de protection étanches au franchissement par les nouveau-nés, mais aussi de les vérifier quotidiennement, de manière à ne pas les laisser se déshydrater en plein soleil s’ils sortent du nid.
À ce jour, nous avons dénombré 17 émergents issus de 5 des 7 nids protégés (entre 1 et 7 par nid, 3,4 en moyenne). Au moins 3 sont morts depuis leur sortie du nid. Nous continuons à surveiller d’éventuelles émergences automnales et reprendrons le suivi au printemps 2027 pour mettre en évidence le ratio d’émergences automnales et printanières (il existe très peu de littérature sur le sujet en Europe).
Dix de ces émergents ont été équipés d’émetteurs. L’un d’eux est mort le lendemain de l’émergence, un autre a perdu son émetteur, un individu reste introuvable (sans doute prédaté ou émetteur défectueux) et Anne, notre premier émergent équipé, a été prédatée entre le 4 et le 5 septembre par une Couleuvre verte et jaune qui a également ingéré l’émetteur, si bien que sa position a pu être relevée les 6 et 7 septembre… des données imprévues mais pas moins intéressantes !
Les individus suivis sont très peu mobiles. Ils restent ensevelis sous une épaisse litière de feuilles, des mousses ou des lierres rampants, plus rarement des pierres. Ils s’enterrent parfois partiellement dans le sable. Ils se trouvent maintenant tous dans une ancienne carrière à sec qui devrait se remettre en eau avec les pluies automnales.
Émergents équipés © Lauriane Meusnier_NE17