Agir pour sauver l’anguille européenne par l’interdiction de la pêche de la civelle en France

Tantôt admirée pour les couleurs de l’arc-en-ciel que révèle son corps et tantôt crainte pour son aspect serpentiforme, son caractère insaisissable et son appétence pour l’obscurité, l’Anguille européenne est victime d’un désintérêt de la société qui nuit à sa protection.  Malgré une réglementation européenne en date de 2007 visant à éliminer les facteurs de mortalité elle a de nouveau fait l’objet du classement « en danger critique » sur les listes rouges mondiale, européenne et nationale des espèces menacées d’extinction par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature fin juillet 2020.

Grâce au classement de l’anguille à l’annexe II de la CITES, il est interdit d’exporter des anguilles en dehors de l’Union Européenne depuis 2010, ce qui a engendré la diminution de la pêche. Mais le règlement n°1100/2007 instituant des mesures de reconstitution du stock d’anguilles européennes n’a pas permis la reconstitution du stock d’anguilles. L’encadrement de la pêche existe puisque seule la pêche professionnelle est autorisée sous certaines conditions. Cependant, la réglementation existante s’avère insuffisante : le recrutement en civelles – juvéniles de l’anguille – et l’échappement de l’anguille vers la mer pour se reproduire n’augmentent pas.

De la survie des civelles dépend l’échappement des anguilles argentées vers la mer pour la reproduction. Leur protection est donc une priorité, d’autant plus que les civelles sont très fragiles : elles mesurent moins de 12 cm et subissent des changements d’écosystème très importants durant leur migration.

La France a pourtant fait le choix d’autoriser la pêche en instaurant des quotas. Depuis quelques années le quota total est fixé à 65 tonnes. Or, le Comité scientifique chargé d’évaluer les possibilités de pêche considère que pour atteindre avec une probabilité de 75% l’objectif de 40% d’échappement vers la mer d’anguilles argentées, le quota de pêche des civelles devrait être fixé à 26 tonnes au total. En autorisant la pêche de la civelle, la France a également fait un autre choix scientifiquement contesté : affecter 60% des civelles destinées à la consommation aux opérations de repeuplement. Le repeuplement consiste à réserver une partie des civelles pêchées pour les déverser dans les bassins hydrographiques de l’anguille où le recrutement naturel, c’est-à-dire le rapport annuel entre les captures et les arrivées de civelles, n’est pas suffisant. D’après différentes études, la mortalité des civelles est plus importante lorsqu’elles sont issues d’une opération de repeuplement que lorsqu’elles évoluent naturellement dans leurs milieux.

Nature Environnement 17 a déjà suivi des dossiers de contentieux concernant le trafic d’anguilles. Pour compléter son action, elle envisage une action juridique pour faire évoluer la réglementation encadrant l’autorisation de pêche de l’anguille.

Cet article a été publié dans notre newsletter de septembre 2020. Depuis, le nouvel arrêté ministériel définissant les quotas de pêche a fait l’objet d’une consultation du public à laquelle NE17 a répondu : si les quotas sont légèrement abaissés (57,5 tonnes contre 65 auparavant), ils sont toujours bien trop élevés au regard du statut menacé de l’espèce et de la règlementation européenne. Cet arrêté a été signé le 16 octobre 2020 par le Ministère de la mer.

 

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